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4 octobre 2018

Qui seront les vieux en 2030 ?

En quelques lignes, Jérôme Guedj vous résume le premier rapport du Think Tank Matières Grises, intitulé « Les personnes âgées en 2030 ».

“La tâche n’est pas de voir ce que personne encore ne voit, mais plutôt de penser à ce à quoi personne n’a encore pensé au sujet de ce que tout le monde voit ». C’est sous les auspices exigeants de Schopenhauer que le nouveau think tank Matières Grises a placé la livraison de sa première étude. Fidèle à sa vocation originelle d’irriguer le débat public sur les enjeux relatifs au vieillissement, Matières Grises a choisi comme premier sujet de dresser le portrait-robot des personnes âgées en 2030. Belle intuition avant même qu’Emmanuel Macron ne relance l’intérêt public pour ces questions en annonçant une loi sur le financement de la perte d’autonomie en 2019. En partant des attentes des personnes âgées à l’horizon 2030, cette étude est donc une des premières contributions au débat à venir, et pose comme préalable la nécessaire définition d’un panier de biens et de services à solvabiliser plutôt qu’une sempiternelle dispute sur les modalités et le niveau de financement requis.

Bien sûr, les données démographiques, tonitruantes, sont connues : une explosion des + de 80 ans, passant de 4 millions à près de 7 millions à la fin de la décennie 2030. De même, les projections relatives à la dépendance, en dépit des incertitudes sur la compression de la morbidité, tablent sur une augmentation probable de + 300.000 personnes âgées dépendantes, au sens de bénéficiaires de l’APA, entre 2015 et 2030. Mais Matières Grises a souhaité insister sur une troisième massification, non chiffrable mais essentielle, celle des personnes très âgées fragiles mais autonomes, car l’approche par les fragilités permet de mieux appréhender les attentes, en besoin d’accompagnement, en matière d’adaptation et en prévention. Cette triple massification concernera, avec des temporalités différentes, dès 2025, les besoins en Ehpad, en services à domicile, en résidences autonomie et en résidence services seniors, autant que pour adapter les logements, l’environnement urbain et plus largement la société au vieillissement. Et si tous les territoires seront concernés, Matières Grise plaide à nouveau pour une approche géographique et territoriale du vieillissement tenant compte des situations disparates (cœur de métropole, péri-urbain, milieu rural, quartiers).

L’exercice de prospective se poursuit par un focus sur le niveau de vie des personnes âgées : les revenus progresseront en euros constants mais avec un décrochage en termes de niveau de vie par rapport aux actifs, qui renouera avec le ratio constaté dans les années 90 (avec un niveau de vie de 83 à 95% du niveau de vie des actifs, contre 106% actuellement). Mais ces chiffres globaux masquent de fortes disparités, qui se rencontrent également dans la détention du patrimoine immobilier et mobilier. Autant de facteurs qui là aussi devront être pris en compte, notamment sur l’accessibilité financière aux biens et services et sur le niveau de socialisation à retenir.

Pour télécharger le rapport

https://www.ehpa.fr/matieres-grises/

Enfin, Matières Grises livre quelques réflexions stimulantes sur la révolution sociologique à venir et la nécessité de mieux entendre les aspirations de ces boomers qui seront les âgés de 2030 après avoir vécu les Trente Glorieuses, mai 68, l’émergence d’une société de services, etc. L’analyse de l’évolution de leur environnement familial et donc du potentiel d’aidants à venir, la poursuite du mouvement d’autonomie résidentielle et des seniors toujours plus connectés complètent cet état des lieux et cet exercice inédit de prospective. Bref, une mine de données et de perspectives que ce bref résumé vous aura, je l’espère, donné l’envie de lire et de diffuser.

par Jérôme Guedj – Consultant – expert auteur d’un « Pladoyer pour les vieux » coauteur du rapport du Think Tank Matières Grises « Les personnes âgées en 2030 »

1. Dispute bien légitime au demeurant et dont d’ailleurs Matières Grises s’est emparé avec son colloque du 10 septembre sur les pistes de financement de la perte d’autonomie.


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